Béton avaleur de smog Source : IStock

Les villes sont généralement perçues comme les pôles de convergence des exactions humaines à l’égard de l’environnement. Tous les effets néfastes de l’homme sur la nature y sont concentrés, multipliés, plus évidents, notamment en termes de pollution atmosphérique. Mais les ciments photocatalytiques, mis au point il y a une dizaine d’années par la multinationale italienne Italcementi, pourraient littéralement venir blanchir cette mauvaise réputation.



Dans le quartier romain de Tor Tre Teste a été réalisée l’Église Dives in Misericordia par l’architecte américain Richard Meier, gagnant du concours international ouvert par le vicariat de Rome. Pour répondre, entre autres, à la qualité esthétique exigée par l’architecte, on a utilisé le ciment photocatalytique TX Arca® capable d’éliminer les contaminants organiques et inorganiques qui décolorent habituellement les bétons conventionnels. Source : ITALCIMENTI


En fait, on parle carrément de révolution. L’un de ces ciments, le TX Arca, permet la composition d’un béton autonettoyant, capable d’éliminer les contaminants organiques et inorganiques qui décolorent habituellement les bétons conventionnels. Déjà là, c’est une innovation majeure. Mais le deuxième de ces ciments, le TX Aria, en impose encore plus. En plus d’être autonettoyant, il détruit les polluants dans l’air ! Voilà une bonne nouvelle pour les villes qui suffoquent sous le smog, d’autant plus que ces ciments de teinte grise ou blanche assurent un esthétisme raffiné.

Mais comment fonctionne la photocatalyse ? Un petit cours de chimie et de physique s’impose. C’est une réaction naturelle d’oxydation des matières organiques par les ultraviolets. Le photocatalyseur est un semi-conducteur excité sous une fréquence bien précise du spectre solaire, autour de 380 nanomètres. À ce moment-là, il émet un électron libre qui, lui, va favoriser les réactions d’oxydation des matières organiques. Une fois que l’oxydation a eu lieu, l’électron libre résultant est réabsorbé par le cristal de photocatalyse.

Et ça marche. Des études de terrain démontrent des réductions de la pollution de 40 à 60 % localement, là où on a, par exemple, une dalle en béton à effet photocatalytique ! Pour une grande ville comme Milan, les chercheurs ont calculé, sur la base de résultats d’études, que si l’on couvrait 15 % des surfaces visibles de la ville avec des produits contenant le TX Active, cela entraînerait une réduction de la pollution d’environ 50 %.

Ce petit trait de génie technologique est le fruit de dix ans de recherches, de tests et de mises en application menés par le Centro Tecnico di Gruppo, une compagnie du groupe Italcementi. Aujourd’hui, ce principe de photocatalyse est mis en marché sous la marque TX Active®. Au Québec, il n’existe actuellement aucun projet construit avec ce type de béton. Il faut dire que le procédé, bien que révolutionnaire, n’est pas encore compétitif en termes de coûts.

En fait, le photocatalyseur est extrêmement cher aujourd’hui parce qu’il est produit en quantités relativement faibles. Par contre, on s’attend à avoir des réductions de coûts avec l’augmentation des volumes. Dans le futur, une fois que le concept va s’être démocratisé un peu et qu’il y aura du volume, la chaîne de fourniture va aussi se développer et les prix vont nécessairement diminuer.

Par contre, il semble que même plus abordable, le béton photocatalytique demeurera toujours plus cher que les bétons standards. Inévitablement, les investisseurs, les promoteurs ou les institutions seront placés devant un choix cornélien : soit payer plus cher, en signant des projets aux effets bénéfiques pour l’environnement, soit débourser moins, avec pour seule considération une économie de coûts à la construction.

Cependant, les deux ciments photocatalytiques, proposés par Italcementi offrent néanmoins des avantages financiers qu’il faut peut-être évaluer sous un autre angle. Un béton dont l’objectif est de diminuer les coûts d’entretien par destruction des matières organiques en surface peut générer un retour sur investissement intéressant à moyenne échéance.



Source : ITALCIMENTI


C’est pour l’aspect dépollution aérienne qu’il y a un retour sur investissement à plus court terme. Surtout dans les villes, où c’est devenu maintenant un vrai problème. Des investissements lourds sont nécessaires pour améliorer la qualité de l’air. Or, l’adaptation ou la modification du béton en vue de purifier l’air entraînent des coûts beaucoup plus faibles.

Pendant que le béton constitue toujours un produit prisé du secteur de la construction à travers la planète, la pollution en milieu urbain, elle, demeure une variable exponentielle, une sorte de bombe à retardement qu’il faudra tôt ou tard désamorcer. Entre l’argent et la raison, il y a un monde qui pivote sur des intérêts opposés. Mais, le ciment photocatalytique ouvre la porte sur une réconciliation des deux pôles. Construire, oui, mais pas à n’importe quel coût environnemental. La proposition est belle, tentante. Alors, qui sait, peut-être ferons-nous bientôt nos premiers pas à l’ère des avaleurs de smog.


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