Et Haussmann transforma Paris... Rue de Rivoli - 1877. Vue prise de la caserne Napoléon. À gauche, les échafaudages de l’hôtel de ville en cours de reconstruction après qu’il eût été incendié et mis à sac par les insurgés de la Commune.

Paris, ville millénaire, n’en est pas moins une ville moderne du XIXe siècle. Évidemment, elle se compose d’un ensemble inouï d’éléments de diverses époques, mais le Paris monumental, celui entre autres exprimé par ses grandes avenues et ses nombreuses perspectives, résulte du chantier titanesque planifié par Georges Eugène Haussmann (1809-1891), appelé le baron Haussmann, qu’on surnomme à certains égards avec justesse « le père de l’urbanisme ». Un ouvrage fascinant nous plongent dans l’histoire d’une capitale en mutation.

C’est à ce voyage historique que nous invite Patrice de Moncan, spécialiste de l’histoire de Paris, dans l’ouvrage Paris photographié au temps d’Haussmann, aux Éditions du Mécène. Pour ce titre, réalisé en collaboration avec Clémence Maillard, il a réuni plus de 150 clichés de Charles Marville. Une plongée extraordinaire dans l’histoire de la capitale française.

Rue Champlain – 1858
Cette « rue », aujourd’hui disparue, illustre ce que fut la petite Pologne, et tant d’autres quartiers miséreux de Paris dans les années 1850.

De 1865 à 1878, Charles Marville est chargé par la Ville de Paris de photographier le Vieux Paris avant, pendant et après sa transformation en ville moderne. Cela fait de cet ouvrage non seulement le témoin de l’importante métamorphose urbaine de la ville, mais aussi de l’histoire de la photographie. Lorsque Marville commence à prendre des photographies de Paris, à la demande de la Commission historique de la ville créée par Haussmann, ce média n’en est encore qu’à ses débuts. À la fin de son mandat en 1878, la technologie a connu un bond important, les temps de pose nécessaires passant de plusieurs minutes à quelques secondes.

La rue de la Tonnellerie – 1865

Certains historiens et témoins de l’époque regrettent ce geste urbain d’envergure, contesté à cause des sacrifices qu’il a entraînés, notamment la disparition d’un Paris médiéval « attachant et poétique ». Émile Zola dans son roman La Curée dénonce des principes démocratiques bafoués et des manœuvres financières douteuses. Bref, le débat se poursuit. 

À l’angle de l’avenue Rapp et de la rue Saint-Dominique – 1887
Réverbère à deux branches. Cette photo a valeur de symbole. Le lampadaire divise le paysage en deux. À droite, le Paris d’avant 1853, avec ses maisons vétustes, et à gauche, les nouveaux immeubles haussmanniens en pierre de taille et leurs balcons ouvragés.

Air, lumière et eau n’empêche que ce Paris miséreux d’avant 1850 étouffe dans une trame serrée, les conditions d’hygiène sont horribles. Patrice de Moncan défend la métamorphose parisienne. « Nous sommes sous le Second Empire, dans le milieu des années 1860. Napoléon III, qui a vécu jusqu’alors à l’étranger, décide de faire de Paris une ville moderne. Il charge Haussmann, son préfet, de donner à Paris l’air, la lumière et l’eau. À cette époque, nous explique M. de Moncan, « le Vieux Paris est totalement insalubre, l’on meurt régulièrement du choléra, l’épidémie ronge jusqu’aux beaux quartiers ». Cité par l’historien dans son ouvrage, Victor Considérant décrit ainsi « un immense atelier de putréfaction, où la misère, la peste et les maladies travaillent de concert, où ne pénètrent guère ni l’air ni le soleil. Paris, c’est un mauvais lieu (...) ».

Quelque 20 000 bâtiments disparaissent tandis que 30 000 sortent de terre. Le visage de Paris est totalement transformé, notamment par la construction de grandes artères, la création de parcs et de squares d’inspiration londonienne, la plantation de plus d’un million d’arbres. Un réseau d’égouts de près de 600 kilomètres est enfoui, des toilettes publiques sont installées et la quantité d’eau potable de la capitale est multipliée par dix. « Tout cela en dix-sept ans, fait remarquer M. de Moncan, et avec comme seuls outils des pioches, des seaux et des pelles. »

Les Éditions du Mécène


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