La décision de classer l’église St-Maurice-de-Duvernay s’explique par différents facteurs. Dans un premier temps, elle constitue un intéressant témoin du développement des banlieues québécoises au milieu du XXe siècle. La volumétrie du bâtiment, caractérisée par son toit plat et une forte horizontalité, semble dialoguer avec celle des habitations pavillonnaires de type « bungalow » d’un seul étage qui définissent les environs. L’église Saint-Maurice-de-Duvernay fait partie des premières églises conçues selon les principes du renouveau liturgique, qui visaient à impliquer davantage les fidèles et qui seront mises de l’avant lors du concile Vatican II (1962-1965).
D’un point de vue architectural, l’église se démarque par l’utilisation du bois lamellé-collé pour la charpente du toit et la présence d’une grande ferme – poutre à âme vide Vierendeel – en béton. Ces deux aspects techniques, innovateurs pour l’époque, participent aussi à l’ambiance des lieux. La présence de vitraux, réalisés par l’artiste Jean-Paul Mousseau, dans les vides de la poutre, contribue à l’éclairage de la nef et renforce la qualité et l’esthétique de l’espace intérieur.
Le classement de l’église Saint-Maurice-de-Duvernay permet la protection et la mise en valeur d’un projet manifeste de la modernité architecturale québécoise en raison de sa valeur historique, mais aussi par ses qualités architecturales et urbaines.

L'intérieur de l'église moderniste, caractérisée par des poutres en bois apparentes, des briques rouges et des vitraux colorés de Jean-Paul Mousseau. – Source : Ville de Laval
Mise de l’avant du patrimoine moderne lavallois
Le classement de l’église Saint-Maurice-de-Duvernay par le gouvernement du Québec fait écho aux actions menées par la Ville de Laval dans les dernières années, principalement dans le cadre de son plan d’action Patrimoine 2020-20243, afin de travailler à la connaissance, la protection et la mise en valeur de son héritage bâti et particulièrement celui du mouvement moderne. Un préinventaire (réalisé en 2020 par la firme PATRI-ARCH) et un inventaire du patrimoine religieux, institutionnel et moderne (réalisé par Bergeron Gagnon en 2021) ont permis d’avoir un meilleur portrait du riche éventail de bâtiments modernes de la ville de Laval. Par ce travail, « Laval devient la première ville du Québec à établir un inventaire du patrimoine moderne qui inclut tous les types de bâtiments et des ensembles résidentiels significatifs4. »
Comme souligné dans le rapport de Bergeron Gagnon : « La ville [Laval] ayant été fondée en plein cœur de la période moderne, elle en devient un excellent exemple en architecture, mais aussi en urbanisme5. » Bien que l’article 120 de la Loi sur le patrimoine culturel (P-9.002) établit l’année 1940 comme terme de la période devant être couverte pour les inventaires d’immeubles présentant une valeur patrimoniale, la Ville de Laval, lors de la révision de son inventaire du patrimoine bâti, a décidé d’y intégrer près de 1100 immeubles associés au mouvement moderne. On retrouve parmi ces immeubles des bâtiments scolaires et religieux, mais aussi un certain nombre de résidences réalisées par de grands noms de l’architecture moderne québécoise comme Roger D’Astous, Louis-Joseph Papineau et André Ritchot. Des ensembles résidentiels ont aussi été inventoriés en raison d’une certaine homogénéité architecturale caractérisant les constructions de ces secteurs. Les secteurs Hauterive, avec ses maisons de style Ranch House qui entourent l’église Saint-Maurice-de-Duvernay, ainsi que le quartier des Abeilles (Auteuil), caractérisé par le développement de maisons jumelées à plan hexagonal, sont parmi les ensembles qui ont été inscrits à l’inventaire.
Des modifications réglementaires ont aussi été mises en place afin de mieux protéger le patrimoine lavallois avec l’adoption d’un nouveau Code d’urbanisme, entré en vigueur en novembre 2022, et de règlements concernant l’occupation, l’entretien ou la démolition de bâtiments. La mise en place de PIIA, entre autres pour les secteurs Hauterive et du quartier des Abeilles, est un exemple de gestes concrets de la municipalité afin de préserver le caractère architectural et l’harmonie paysagère qui caractérisent ces ensembles.
Il est possible de considérer le classement de l’église Saint-Maurice-de-Duvernay comme une étape importante pour la reconnaissance du patrimoine moderne québécois. Ce classement ainsi que les actions de l’administration lavalloise pour assurer la préservation et la mise en valeur de son patrimoine moderne nous laissent penser que l’architecture de cette période, si souvent critiquée ou condamnée, tend peu à peu à s’affirmer comme un témoin de l’évolution qu’a connue la société québécoise au milieu du XXe siècle. Ce changement de paradigme permet de considérer les immeubles modernes comme faisant partie intégrante du patrimoine québécois et justifie donc la mise en place de mesures de reconnaissance et de protection pour ces derniers.
Notes