Politique de stationnement – L’incohérence d’Outremont ! Jean De Julio-Paquin

Présenté comme une mesure environnementale et pour prioriser les résidents, le nouveau règlement sur le stationnement de l’arrondissement d’Outremont soulève des doutes.

Depuis le 31 janvier, l’arrondissement d’Outremont applique son nouveau règlement sur le stationnement. Présenté comme une mesure environnementale et pour prioriser les résidents, ce règlement prévoit toutefois la vente de vignettes pour les non-résidents. Effet sournois, on peut se questionner sur l’impact de cette nouvelle réglementation qui risque d’augmenter la présence de l’automobile sur rue. Par ailleurs, divers groupes de recherche et citoyens soulèvent cette incohérence qui va à l’encontre de plusieurs principes et orientations de développement durable. Jean De Julio-Paquin, résident d’Outremont et collaborateur au magazine FORMES a déposé un mémoire sur le propos, présenté dans le cadre d’une consultation menée par Convercité.

Mémoire

Plan de stationnement à Outremont

Pour une approche responsable et concertée

Par Jean De Julio-Paquin, résident d’Outremont et collaborateur au magazine FORMES

12 Février 2020

Ce mémoire s’appuie sur la consultation publique menée par l’Université de Montréal en rapport à l’implantation du Campus Mil. Cette consultation a débuté en 2006 pour se poursuivre jusqu’à vers 2012. Elle a été menée par l’Office de consultation publique de Montréal en collaboration avec Convercité. Ce mémoire s’appuie également sur des commentaires d’experts sur le stationnement et du plan bruxellois en matière de mobilité et de stationnement (Plan régional de Mobilité, Bruxelles-Capitale).

1-    Favoriser le consensus environnemental

L’ouverture imminente du Campus MIL à l’automne 2019 aurait notamment incité l’arrondissement d’Outremont à se doter d’un plan de stationnement où l’ensemble des places seraient désormais payantes sur rue autant pour les citoyens que pour les visiteurs. Nous observons que ce plan s’écarte de plusieurs orientations et principes de développement durable et social promus à l’origine par l’Université de Montréal concernant l’implantation du Campus Mil. L’intention de l’Université était de transformer de façon exemplaire un ancien site industriel et faire en sorte que le projet soit un des premiers quartiers verts au Canada accrédité par le Green Concil. En plus des certifications Leed recherchées pour la construction des pavillons universitaires, l’Université de Montréal préconisait une intégration harmonieuse en ce qui a trait à l’environnement d’accueil et à la qualité de vie.

Pour mener à bien ce projet, l’Université met sur pied en 2006 un Conseil consultatif impliquant des citoyens d’Outremont, des représentants de l’Université de Montréal et des représentants de la Ville de Montréal afin de parvenir à forger une unanimité autour du projet. C’est pourquoi l’Université a conçu également en 2006, un document substantiel mettant à profit sa vision du développement du site de la gare de triage et de ses abords et en quoi elle devrait correspondre à des standards élevés de conception écoresponsable. La publication intitulée Bâtir un consensus ; processus consultatif mis de l’avant par l’Université de Montréal a été rédigée par l’institution avec l’aide d’experts dans le but de favoriser l’atteinte d’un large consensus. Le document contient plusieurs chapitres touchant notamment à l’utilisation du sol, à l’écologie du site, à la qualité du cadre bâti et à celle du milieu social. Dans le chapitre sur le maintien de l’intégrité environnementale, un segment porte sur le transport durable. Les objectifs sont de réduire la dépendance à l’automobile et de promouvoir le transport actif et collectif. Pour ce faire, le document préconise la création de réseaux alternatifs de transport et un ratio de stationnement minimum sur le site.

Au lieu de limiter le nombre de places ou de cases de stationnement et aller dans le sens des conclusions de l’Université de Montréal, le Plan d’Outremont aura pour effet de faciliter le stationnement automobile sur rue aux étudiant(e)s, aux employé(e)s et autres personnes par l’achat d’un permis journalier ou mensuel validant ainsi la possibilité de se stationner sur l’ensemble du territoire outremontais. Selon nous, ce plan aura pour conséquence :

a)     De rendre moins attrayante l’utilisation des transports actifs et collectifs.

b)    D’augmenter le parc et le nombre d’autos circulant à Outremont.

c)     D’accroître l’émission de GES.

d)    D’altérer la qualité de l’air

Ces impacts négatifs sont en contradiction avec les intentions écoresponsables liées à la transition écologique promue par l’arrondissement.

2-    Réduire l’emprise de la circulation automobile

Confrontées à l’augmentation du trafic automobile, à la congestion routière et à l’augmentation de la pollution, plusieurs villes, sur le plan international, envisagent des réformes sur la gestion du stationnement. Montréal n’échappe pas à cette tendance. La question est de savoir comment. Dans un article publié par Radio-Canada, le 30 novembre 2019, le journaliste Thomas Gerbet fait état de la situation montréalaise. Il souligne qu’Outremont a été le premier arrondissement à aller de façon très radicale en annonçant lors d’une conférence de presse au mois de mai 2019 la mise en place d’une tarification de 100 % des stationnements. Or, selon Jean-Philippe Meloche, professeur spécialisé en transport à l’École d’urbanisme de l’Université de Montréal, la politique mise en place par Outremont est trop agressive et inappropriée par rapport aux problèmes qu’il peut y avoir dans l’arrondissement.

De son côté, Brigitte Milord, économiste et membre de la Chaire Mobilité à L’École Polytechnique de Montréal soutient que le stationnement ne devrait pas être géré coin de rue par coin de rue, quartier par quartier, mais réfléchi dans une dimension métropolitaine. Cet aspect est important. À l’instar de la ville de Bruxelles, nous croyons que la question du stationnement doit être abordée et analysée dans une perspective plus globale, voire régionale et éviter de concevoir, des plans de stationnement en vase clos, de façon unilatérale et sans études préalables. Bâti à partir d’une large consultation, le Plan régional de mobilité stipule précisément que les conditions de réussite de la diminution de l’impact de l’automobile s’inscrivent dans une vision de mobilité globale qui inclut également les banlieues. Le plan de Bruxelles s’appuie sur une stratégie transversale. Les experts ayant participé à sa rédaction sont catégoriques ; la certitude de la disponibilité d’un emplacement de stationnement à destination est un facteur déterminant du choix modal. Selon eux, il faut contraindre l’offre de stationnement automobile et non l’augmenter (Plan régional de Mobilité Bruxelles-Capitale, synthèse, page 17). 

Nous sommes d’avis qu’un comité de pilotage ou un comité aviseur aurait été nécessaire afin d’orienter le Plan d’Outremont sur une meilleure stratégie. Selon nous, les concepteurs n’ont pas su identifier les impacts négatifs que le plan risquait de générer notamment en ce qui a trait à l’augmentation de la pollution, aux questions de sécurité, à l’impact sur les commerces de proximité et sur le milieu de vie des résidents. De même, les multiples changements opérés dans le Plan à la suite de plaintes ou de doléances citoyennes, démontrent une certaine improvisation dans le processus sans parler des questions légales en suspend sur la cueillette de données personnelles d’individus. Selon nous, l’administration d’Outremont s’est soustraite dès le départ à l’exigence de mener une consultation pour élaborer de façon concertée un futur plan de stationnement. Au lieu de favoriser une large adhésion, la stratégie adoptée par la Mairie d’Outremont a produit son contraire.

Conclusion

Considérant l’ensemble des problématiques soulevées et leur ampleur, il demeure pour nous important que le Plan d’Outremont soit révisé et face l’objet d’une suspension temporaire dans le but :

a) D’obtenir davantage d’avis d’experts qui pourront accompagner les élu(e)s d’Outremont dans la réalisation d’un plan plus équilibré, modulé et écoresponsable.

b) De demander et d’analyser des avis juridiques quant aux impacts de certaines mesures sur la vie privée des résidents.

c) D’inscrire le nouveau Plan de stationnement d’Outremont dans une perspective métropolitaine de mobilité et de stationnement.

d) D’assurer une cohérence inter-arrondissements sur la gestion du stationnement.

À notre avis, une réelle réflexion s’impose quant aux actions à suggérer pour générer un plan de stationnement à la fois viable tant sur l’aspect environnemental que social.


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