La préfabrication – Qu’en pensent les Québécois ? FORMES

L’image de la construction industrialisée a grandement changé au cours des dernières années. Mais comment les consommateurs et les professionnels du milieu perçoivent-ils ce mode constructif ? Et est-ce que ces perceptions constituent un frein à son utilisation dans le secteur du bâtiment multiétagé ?

L’image de la construction industrialisée a grandement changé au cours des dernières années. Alors que ce type de construction référait autrefois à des maisons mobiles ou encore des roulottes de chantier dans l’imaginaire populaire, aujourd’hui la préfabrication permet la construction d’une large gamme de bâtiments de qualité et de formes architecturales complexes, qui sont difficilement distinguables de ceux construits sur site. Mais comment les consommateurs et les professionnels du milieu perçoivent-ils ce mode constructif ? Et est-ce que ces perceptions constituent un frein à son utilisation dans le secteur du bâtiment multiétagé ?

C’est notamment avec l’intention de répondre à ces questions que Baptiste Giorgio a entamé son projet de doctorat à l’Université Laval, au sein de deux programmations de recherche majeures sur la construction en bois, soit la Chaire industrielle de recherche sur la construction écoresponsable en bois (CIRCERB) et l’Initiative sur la construction industrialisée (ICI). Son projet de recherche avait pour but de caractériser les représentations sociales associées à la construction en bois massif et en ossature légère préfabriquée. Penchons-nous sur ce deuxième volet (Giorgio et al., 2022).

Afin d’identifier les perceptions sociales que se font les consommateurs de la préfabrication en ossature légère en bois, le doctorant a conduit un sondage auprès de 400 usagers québécois. La population ciblée était un échantillon représentatif aléatoire de la population québécoise, en fonction de différents critères, dont le genre, l’âge et la région habitée. Les répondants ont été interrogés sur différentes thématiques, comme la fabrication en usine, la standardisation, la personnalisation de masse, la qualité, la maîtrise des coûts, la réglementation, la résistance structurale et l’impact environnemental.

Les résultats indiquent que les aspects généraux et les avantages de la préfabrication sont relativement bien connus par la population québécoise. Les bénéfices de cette technique constructive, tels que la réduction de la durée de construction sur site, la réduction des nuisances liées au chantier, la réduction des coûts, la réduction des déchets de construction et l’augmentation de la sécurité des travailleurs, sont bien connus des répondants.

Si l’on se penche plus en détail sur certains résultats, on constate qu’en moyenne 47,9 % des Québécois interrogés sont d’avis que la préfabrication est synonyme de standardisation, référant aux dimensions ou aux procédés de construction standardisés. Toutefois, ce n’est qu’environ un tiers des répondants qui estiment qu’elle est synonyme de construction identique, signifiant ainsi que la préfabrication ne veut pas nécessairement dire la réalisation de bâtiments répétitifs dans la tête des gens. Dans le même ordre d’idées, 33,9 % des Québécois pensent que les possibilités de conception (esthétique, forme, etc.) sont plus limitées par rapport à la construction sur site, et 43,5 % sont d’accord pour dire qu’une fois construit, il est impossible de voir la différence entre un bâtiment préfabriqué et un bâtiment construit sur place.

En matière de qualité de construction, les répondants sont également divisés. En effet, 37,6 % des répondants jugent qu’une construction préfabriquée et une construction sur site offrent une qualité équivalente, mais ils sont tout de même 33,6 % à conclure qu’une construction sur site est de meilleure qualité, tandis que seulement 13,8 % disent que la préfabrication permet une meilleure qualité de construction. De plus, lorsque la construction sur site et la préfabrication sont opposées, 38,7 % pensent que la construction sur site offre une meilleure résistance structurale que la construction préfabriquée, 37,4 % trouvent qu’elles offrent la même performance structurale alors que seulement 10,6 % estiment que la préfabrication est plus résistante. Ainsi, bien que la préfabrication bénéficie d’une image positive, il semble que la construction sur site soit considérée comme une meilleure solution, particulièrement lorsque ces deux méthodes constructives sont comparées.

La préfabrication a souvent été associée à des constructions non permanentes par le passé (Smith, 2010). La présente étude laisse toutefois croire que cette représentation s’estompe, car seulement 20,4 % des répondants évaluent que la construction préfabriquée est synonyme de construction temporaire. Selon les répondants, la durée de vie estimée d’un bâtiment préfabriqué en ossature légère en bois est quasi identique à la construction en ossature en bois sur site, suggérant donc que cette technique n’est plus associée à des constructions de courte durée de vie. Dans la même dynamique, lorsque de nouvelles pratiques émergent, elles mettent du temps à être acceptées, telle la construction à cinq ou six étages qui demeure possible pour seulement 27,8 % des répondants.

Les résultats du sondage indiquent que l’utilisation du bois dans la construction dans le secteur du bâtiment multiétagé ne fait pas partie des représentations d’une majorité de Québécois. – Source : CIRCERB

 

En ce qui a trait aux perceptions sociales en lien avec l’impact environnemental de ce mode constructif, selon 54,8 % des répondants, la construction préfabriquée à ossature légère en bois permet de réduire les déchets de construction, mais seulement 36,7 % considèrent qu’elle réduit l’empreinte environnementale du bâtiment. L’opinion publique n’a pas un avis tranché sur la question, car 21,2 % des répondants associent ce mode de construction à une génération de pollution, en raison notamment du transport, alors que 46,5 % ont répondu « ça dépend ». 

Enfin, les perceptions de la construction préfabriquée en ossature légère en bois quant aux aspects financiers sont également partagées. Selon 48,5 % des répondants, ce mode constructif permet des coûts contrôlés, tandis que d’après l’autre moitié, la préfabrication permet de réduire les coûts.

En conclusion, à la lumière de ce sondage, nous observons des tendances principalement neutres ou positives face à la préfabrication en ossature légère en bois. Ces résultats peuvent s’expliquer en partie par la difficulté des répondants à se positionner puisqu’ils différencient difficilement la préfabrication de la construction sur site une fois le bâtiment construit. Ainsi, c’est davantage l’image du matériau, l’ossature légère en bois, qui semble influencer les perceptions lorsque les répondants arrivent mal à se positionner (par exemple au sujet de la qualité ou de la durée de vie). La connaissance des modes constructifs ayant été identifiée comme importante pour promouvoir l’adoption de la préfabrication, un travail de communication soutenu et continu est donc nécessaire pour voir cette méthode constructive de plus en plus utilisée.

Les résultats complets de cette première partie du projet de recherche de Baptiste Giorgio peuvent être consultés dans l’article suivant : https://www.mdpi.com/2075-5309/12/12/2073.

Références
BAPTISTE, Giorgio, Pierre BLANCHET et Aline BARLET. « A. Social Representations of Mass Timber and Prefabricated Light-FrameWood Construction for Multi-Story Housing: The Vision of Users in Quebec », Buildings 2022, 12, 2073. [https://www.mdpi.com/2075-5309/12/12/2073].
SMITH, Ryan E. Prefab Architecture: A Guide to Modular Design and Construction, John Wiley & Sons Inc., ISBN: 978-0-470-27561-0. [https://www.wiley.com/en-us/Prefab+Architecture%3A+A+Guide+to+ Modular+Design+and+Construction-p-9780470275610].

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