Brûlés, mais plus résistants
Au Japon, les yakisugi avaient la réputation d’être résistants aux intempéries et aux attaques fongiques. C’est cette résistance qui a motivé leur développement ailleurs dans le monde. De fait, « la carbonisation change la structure du bois et la rend plus résistante aux insectes et aux champignons », reconnaît Papa Diouf. Le charbon qui n’est plus que du carbone n’a plus de valeur nutritive pour eux. Toutefois, les planches ne sont carbonisées que d’un côté et le côté non brûlé reste comestible. La carbonisation apporte aussi une protection contre les UV qui empêche le bois de grisonner.
Espace-Bois a mandaté le SEREX pour faire faire des études de vieillissement accéléré avec ses produits. « On a testé différentes intensités de brûlage et plusieurs finitions. En règle générale, plus le traitement est sévère, plus le bois brûlé est stable », décrit Papa Diouf. « On a pu établir que le bois le plus brûlé après toutes les expositions aux rayons UV et à l’humidité est demeuré intact, complètement noir. Les autres produits plus pâles ont grisonné », précise Guillaume Ouellet. Mais son entreprise développe un traitement nanotechnologique pour améliorer la résistance des bois partiellement brûlés.

Espace-Bois est intervenu dans la réalisation de l’annexe de la résidence Lasalle, quartier Saint-Roch à Québec. Revêtement extérieur fini Crocodile brûlé profondément selon la méthode shou sugi ban.
Photo : Dave Tremblay – Architecte : Hatem+D / Étienne Bernier Architecte
Mais, prévient Daniel Bellerose, le cofondateur d’Arbres et Bois, « pour atteindre les propriétés qui donnent au bois sa longévité, il faut amener le bois à l’état de braise ». Autrement dit, c’est vrai pour les bois vraiment carbonisés, mais pas pour les autres produits.
Enfin, la carbonisation, même si ce n’est pas intuitif, apporte aussi une protection contre le feu, note Papa Diouf. « La couche carbonisée retarde la propagation de la flamme et ralentit la progression de la chaleur à l’intérieur de la planche. »
À l’intérieur ou à l’extérieur ?
Conséquemment, les bois partiellement brûlés qui arborent un veinage contrasté sont certes très esthétiques, mais ne conviennent guère à un usage extérieur. Ils seront destinés à grisonner et à perdre leur esthétique initiale. Par contre, les bois carbonisés conserveront leur apparence et répondront aux attentes des clients qui veulent réduire l’entretien de leur boiserie extérieure. L’installation demande les mêmes précautions que pour tout autre revêtement de bois, explique Daniel Bellerose. « On demande une double fourrure pour avoir une aération constante entre le mur et le revêtement. On scelle les bouts avec une teinture ou une huile. Et comme le cèdre contient beaucoup d’huile naturelle corrosive, on demande des vis en acier inoxydable ». Si Espaces-Bois ne propose que des utilisations murales, Arbres et Bois offre aussi un produit pour les planchers de patio qu’il faudra alors entretenir régulièrement avec une huile.
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Projet Elää, d’Arbres et bois, premier bâtiment d’envergure recouvert de bois carbonisé à Montréal, cèdre carbonisé fini Reptile. Récipiendaire d’un prix Canadian Architect et d’un prix Inova.
Source : Arbres et bois – Architecte : Agence Kanva
Autant chez Arbres et Bois que chez Espace-Bois, les bois carbonisés sont les plus vendus. Leurs clients sont des bureaux d’architectes, des décorateurs, des entrepreneurs et des particuliers qui en revêtent des restaurants, des immeubles à condos, des bâtiments institutionnels. Il y a peut-être un effet de mode comme ce le fut pour le bois de grange, mais compte tenu de leurs propriétés de durabilité, les deux entrepreneurs ont bon espoir que la flamme pour ces bois carbonisés ne s’éteindra pas.
Brûlé n’est pas torréfié
Bois brûlés et torréfiés sont deux produits distincts. « Le bois torréfié est placé dans un four en faible concentration d’oxygène pour ne pas brûler », nuance Papa Diouf. Le traitement thermique à près de 200 °C change la structure du bois, le rend plus résistant aux champignons et plus hydrophobe. Étant plus hydrophobe, il est moins sensible à l’humidité ambiante et donc moins sujet au gonflement ou au retrait. Il est donc plus stable d’un point de vue dimensionnel. Mais il perd en propriétés mécaniques, ce qui le disqualifie pour des applications structurales. Par contre, la teinte foncée que prend le bois torréfié en fait un bois d’apparence intéressant. Mais le traitement thermique le rend aussi plus sensible aux UV, de sorte qu’il convient mieux pour un revêtement intérieur. Pour un usage extérieur, il faudra le protéger par une teinture opaque ou accepter le grisonnement.