Le Yakisugi – Version Québec Processus de fabrication du parement Crocodile d’Espace-Bois. Photo : Jérémie Perreault

En japonais, on les appelle les yakisugi, littéralement cèdre brûlé, et ils étaient produits traditionnellement selon la technique dite shou sugi ban. Celle-ci consiste à assembler trois planches pour former un tuyau de section triangulaire et à l’installer verticalement au-dessus d’un feu. Les flammes montent et brûlent l’intérieur du triangle. La durée du brûlage est contrôlée pour laisser l’extérieur intact. Les planches sont ensuite refroidies à l’eau, brossées et huilées.

Évidemment, dans une optique de commercialisation, le shou sugi ban manque cruellement d’efficacité et les entreprises qui en ont initié la fabrication au Québec ont mécanisé le procédé. C’est le cas d’Arbres et Bois, à Montréal, et d’Espace-Bois à Saint-Philippe-de-Néri dans le Kamouraska. Tous deux ont développé un procédé sur convoyeur qui amène les planches sous des brûleurs. Ils contrôlent la carbonisation en jouant sur la vitesse du convoyeur et l’intensité des brûleurs. De la sorte, ils ont chacun développé leur gamme de produits distincts allant de la planche légèrement brûlée pour en faire ressortir le veinage, jusqu’à la planche carbonisée sur une profondeur de 2 ou 3 mm d’épaisseur.

Lauréat du Prix d’excellence Cecobois 2019, catégorie bâtiment commercial de moins de 1 000 m2 , le pavillon du  Golf Exécutif Montréal est paré de bois brûlé noir d’Espace-Bois pour les revêtements extérieurs et intérieurs.
Photo : Stéphane Brügger –  Architecte : Architecture 49

Après le brûlage, si toutes les planches sont brossées chez Espace-Bois, seules celles destinées aux planchers de terrasse le sont chez Arbres et Bois. Toutefois, les deux entreprises appliquent une finition d’huile naturelle. Et les deux entreprises brûlent du cèdre blanc de l’Est, qui est en fait un thuya. Mais qu’à cela ne tienne, car le cèdre du Japon utilisé pour le shou sugi ban est en fait un cryptomère et les deux faux cèdres sont bien de la même famille botanique. « Le cèdre de l’Est est celui qui s’apparente le plus en matière de constitution au cèdre du Japon, commente Guillaume Ouellet, le copropriétaire d’Espace-Bois. Ses tanins le rendent imputrescible et il est le plus stable dimensionnellement. » Il avait mandaté le SEREX de comparer le comportement du cèdre de l’Est, du mélèze et de l’épinette au brûlage, le SEREX étant le Centre collégial de transfert de technologie d’Amqui spécialisé dans les produits du bois. « Il ressortait clairement que le procédé fonctionne mieux avec le cèdre », rapporte Papa Diouf, le directeur scientifique du SEREX. Pour des usages intérieurs, Arbres et Bois utilise toutefois un peu de mélèze pour les qualités esthétiques de son veinage.

Brûlés, mais plus résistants

Au Japon, les yakisugi avaient la réputation d’être résistants aux intempéries et aux attaques fongiques. C’est cette résistance qui a motivé leur développement ailleurs dans le monde. De fait, « la carbonisation change la structure du bois et la rend plus résistante aux insectes et aux champignons », reconnaît Papa Diouf. Le charbon qui n’est plus que du carbone n’a plus de valeur nutritive pour eux. Toutefois, les planches ne sont carbonisées que d’un côté et le côté non brûlé reste comestible. La carbonisation apporte aussi une protection contre les UV qui empêche le bois de grisonner.

Espace-Bois a mandaté le SEREX pour faire faire des études de vieillissement accéléré avec ses produits. « On a testé différentes intensités de brûlage et plusieurs finitions. En règle générale, plus le traitement est sévère, plus le bois brûlé est stable », décrit Papa Diouf. « On a pu établir que le bois le plus brûlé après toutes les expositions aux rayons UV et à l’humidité est demeuré intact, complètement noir. Les autres produits plus pâles ont grisonné », précise Guillaume Ouellet. Mais son entreprise développe un traitement nanotechnologique pour améliorer la résistance des bois partiellement brûlés.

Espace-Bois est intervenu dans la réalisation de l’annexe de la résidence Lasalle, quartier Saint-Roch à Québec. Revêtement extérieur fini Crocodile brûlé profondément selon la méthode shou sugi ban.
Photo : Dave Tremblay – Architecte : Hatem+D / Étienne Bernier Architecte

Mais, prévient Daniel Bellerose, le cofondateur d’Arbres et Bois, « pour atteindre les propriétés qui donnent au bois sa longévité, il faut amener le bois à l’état de braise ». Autrement dit, c’est vrai pour les bois vraiment carbonisés, mais pas pour les autres produits.

Enfin, la carbonisation, même si ce n’est pas intuitif, apporte aussi une protection contre le feu, note Papa Diouf. « La couche carbonisée retarde la propagation de la flamme et ralentit la progression de la chaleur à l’intérieur de la planche. »

À l’intérieur ou à l’extérieur ?

Conséquemment, les bois partiellement brûlés qui arborent un veinage contrasté sont certes très esthétiques, mais ne conviennent guère à un usage extérieur. Ils seront destinés à grisonner et à perdre leur esthétique initiale. Par contre, les bois carbonisés conserveront leur apparence et répondront aux attentes des clients qui veulent réduire l’entretien de leur boiserie extérieure. L’installation demande les mêmes précautions que pour tout autre revêtement de bois, explique Daniel Bellerose. « On demande une double fourrure pour avoir une aération constante entre le mur et le revêtement. On scelle les bouts avec une teinture ou une huile. Et comme le cèdre contient beaucoup d’huile naturelle corrosive, on demande des vis en acier inoxydable ». Si Espaces-Bois ne propose que des utilisations murales, Arbres et Bois offre aussi un produit pour les planchers de patio qu’il faudra alors entretenir régulièrement avec une huile.

Projet Elää, d’Arbres  et bois, premier bâtiment d’envergure recouvert de bois carbonisé à Montréal, cèdre carbonisé fini Reptile. Récipiendaire d’un prix Canadian Architect  et d’un prix Inova.
Source : Arbres et bois – Architecte : Agence Kanva

Autant chez Arbres et Bois que chez Espace-Bois, les bois carbonisés sont les plus vendus. Leurs clients sont des bureaux d’architectes, des décorateurs, des entrepreneurs et des particuliers qui en revêtent des restaurants, des immeubles à condos, des bâtiments institutionnels. Il y a peut-être un effet de mode comme ce le fut pour le bois de grange, mais compte tenu de leurs propriétés de durabilité, les deux entrepreneurs ont bon espoir que la flamme pour ces bois carbonisés ne s’éteindra pas.

Brûlé n’est pas torréfié

Bois brûlés et torréfiés sont deux produits distincts. « Le bois torréfié est placé dans un four en faible concentration d’oxygène pour ne pas brûler », nuance Papa Diouf. Le traitement thermique à près de 200 °C change la structure du bois, le rend plus résistant aux champignons et plus hydrophobe. Étant plus hydrophobe, il est moins sensible à l’humidité ambiante et donc moins sujet au gonflement ou au retrait. Il est donc plus stable d’un point de vue dimensionnel. Mais il perd en propriétés mécaniques, ce qui le disqualifie pour des applications structurales. Par contre, la teinte foncée que prend le bois torréfié en fait un bois d’apparence intéressant. Mais le traitement thermique le rend aussi plus sensible aux UV, de sorte qu’il convient mieux pour un revêtement intérieur. Pour un usage extérieur, il faudra le protéger par une teinture opaque ou accepter le grisonnement.


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