Travaux de réfection – Deux études de cas BGA Architectes - Sylvie Tremblay

En construction, la variabilité des méthodes et techniques utilisées est telle qu’il est presque impossible de prévoir le genre de réfections à faire sur un immeuble. Nous vous présentons ici deux études de cas.

Plus le temps passe, plus ça devient complexe. Certains exemples sont frappants. L’agrégat des premiers bétons utilisés pour les fondations de maison était simplement ramassé sur place ; la qualité était donc toujours aléatoire. S’y ajoute le fait que les différents propriétaires ont pu y faire des rénovations, et pas toujours selon les meilleures pratiques. Ainsi, chaque cas est unique et c’est pourquoi, avec l’expérience d’André Bourassa, architecte chez BGA architectes, nous vous présentons ici certains points forts issus de deux cas réels.

La Coopérative d’habitation La Grand’Voile

Commençons par la base. Il y a quelques années, la Coopérative d’habitation La Grand’Voile, située dans le Petit Champlain à Québec, a fait appel à BGA architectes pour procéder à la rénovation des fondations de son immeuble. Celui-ci date de la fin du XVIIIe siècle et possède près d’une quarantaine de logements sur cinq étages. Lors d’une rénovation mineure, les propriétaires de l’immeuble ont défait une portion de mur dans le sous-sol, sans savoir qu’une mauvaise surprise les attendait. Les fondations, faites de pierres, n’étaient pas étanches et l’eau s’est infiltrée dans le mur. Celle-ci étant absorbée par la laine minérale, le mur ne séchait probablement jamais complètement. Ainsi, la structure supportant le mur a été complètement grugée par la corrosion. Grosso modo, c’est la cloison sèche qui gardait le mur en place.

Les habitants de la Coopérative d’habitation La Grand’Voile ont apprécié l’esthétique de la pierre à un point tel que la portion intérieure n’a pas été cloisonnée dans l’espace commun. Source : BGA Architectes

La première idée a été de refaire la fondation au complet. Après tout, c’est ce qui supporte l’immeuble et assure son intégrité structurale. Petite difficulté, les quatre façades sont sur des rues et l’une d’entre elles est faite de pavés. Les frais afférents à la démolition et à la reconstruction de ces rues ne sont donc pas négligeables. C’est d’autant plus complexe que, dans le Petit Champlain, les rues sont très étroites. À ce point, une réflexion sur les options possibles a été entamée. Y a-t-il des solutions moins contraignantes sur le plan de la mobilisation humaine, matérielle et temporelle ? Parce que, démanteler un mur de fondation supportant cinq étages recouverts de maçonnerie, donc très lourd, pour le remplacer par un béton, ce peut être laborieux. Pourtant, c’est la seule option offerte par l’ingénieur de chantier. N’en déplaise à personne, la coopérative décide d’aller voir ailleurs. Pour l’entretien d’une fondation, la priorité, c’est d’éloigner l’eau des fondations. Ensuite, il faut l’empêcher autant que possible de pénétrer. Finalement, il faut laisser l’excès d’humidité s’évacuer.

Un entrepreneur propose d’étanchéifier la fondation de l’intérieur et de l’extérieur pour ensuite en remplir les interstices avec un coulis neuf et ainsi éviter l’accumulation d’humidité dans les cavités internes du mur. Cette perspective est intéressante puisqu’elle permet à la fois de régler les problèmes d’infiltration, de solidifier la structure de manière aussi durable qu’une nouvelle fondation et de limiter l’ampleur des travaux. C’est donc la solution qui a été retenue. L’opération nécessite une excavation minimale afin d’y installer un drain d’évacuation d’eau et d’isoler les murs. De la même façon, les cloisons sèches à l’intérieur sont démantelées pour poser une nouvelle couche de coulis entre les pierres. Ainsi, les deux côtés sont prêts à retenir et à supporter l’injection de coulis à l’intérieur des murs de fondation pour les solidariser. Coup de théâtre, les habitants de la coopérative ont apprécié l’esthétique de la pierre à un point tel que la portion intérieure n’a pas été cloisonnée dans l’espace commun. Il y a donc un splendide mur de pierres dans cet espace, ce qui donne beaucoup de cachet à l’endroit. Comme quoi la solution la plus évidente n’est pas toujours la meilleure.

L’école Saint-Gabriel-Lalemant

Revenons sur terre. Au moment où le Québec cherche comment préserver son patrimoine religieux, la Commission scolaire des Bois-Francs a trouvé une solution intéressante pour une église de Victoriaville. L’école Saint-Gabriel-Lalemant a acquis l’église du même nom pour agrandir ses espaces. L’école était en manque d’un gymnase et de locaux pour, entre autres, les cours de musique, le service de garde et la bibliothèque. La bâtisse est relativement récente, mais cela n’empêche pas qu’il y ait des travaux majeurs à faire pour la réhabiliter.

L’école Saint-Gabriel-Lalemant a acquis l’église du même nom pour agrandir ses espaces. L’école était en manque d’un gymnase et de locaux. Source : BGA Architectes

Ici aussi, des travaux d’isolation de la fondation ont été nécessaires, mais également le changement des fenêtres, la consolidation des murs et surtout, l’ajout d’un lien protégé entre l’école et l’église. Dans ce genre de travaux, il faut faire très attention pour ne pas proposer de solution trop intrusive. Les changements ne doivent pas affaiblir l’intégrité de la structure et doivent être fonctionnels à long terme. C’est sans compter que des modifications trop importantes réduisent l’aspect patrimonial et le cachet historique d’un immeuble. Les pierres de granit d’origine ont été conservées et le gymnase a été construit à même la nef de l’église sur le plancher de terrazzo d’origine. Les interventions sont ainsi minimales, et le résultat final répond parfaitement aux besoins de l’école. Qui plus est, le panorama est spectaculaire dans cette salle de sport. Ultimement, la passerelle entre les deux immeubles est devenue un lieu agréable et inspirant à la fois pour les enseignants et les élèves.

Bien que relativement récente, la bâtisse nécessitait des travaux majeurs, notamment consolidation des murs, fondation, fenêtres. Source : BGA Architectes

La vision de gestion est très importante dans l’entretien des immeubles institutionnels et coopératifs. Quand on voit des bâtiments dans les médias, dont la brique est retenue par des grillages, on peut se demander quelle est la vision à long terme pour ces édifices. Lorsque les budgets sont très restreints, il arrive que des interventions esthétiques soient effectuées. Cependant, ces réparations ne sont qu’en surface et ne permettent pas de régler le problème. Le reste de la structure continue donc à se désagréger et les problèmes s’amplifient.

En ce qui a trait au patrimoine religieux, il n’y a pas de solution miracle. Un simple ajout de 5 % de la masse à un immeuble peut changer complètement sa réponse aux vibrations. À ce moment, il faut s’assurer de sa conformité aux normes sismiques. À ce sujet, on peut retirer des enseignements de Luc Noppen, historien d’architecture et professeur fondateur de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain (CRC en patrimoine urbain) de l’Université du Québec à Montréal. En cas de problèmes structuraux, il vaut mieux retirer le clocher et préserver l’église que de tout perdre d’un coup. La vision à long terme priorise donc une préservation adéquate de la structure, sans quoi les réparations ne seraient que temporaires.

Le projet comportait l'ajout d’une passerelle entre l’école et l’église, et ce dans le respect de l’aspect patrimonial et le cachet historique d’un immeuble. Source : BGA Architectes

Les problématiques

Une problématique de plus en plus fréquente dans beaucoup de secteurs est la diminution de la main-d’œuvre spécialisée. Dans le bâtiment, ce sont les métiers traditionnels de la construction qui en pâtissent le plus. Yves Lacourcière a écrit un rapport d’enquête1 très intéressant sur le sujet. Selon ses recherches, les artisans possédant les techniques de construction préindustrielles n’existent presque plus. Les maçons sont probablement le dernier corps de métier qui vit toujours en nombre légèrement plus important. Il n’est donc pas rare qu’il y ait un manque de main-d’œuvre pour l’installation de la brique sur les grands bâtiments. C’est une des raisons qui rend de plus en plus populaires les panneaux de béton préfabriqués. L’esthétique intemporelle de la brique et la facilité d’installation des assemblages préfabriqués industriels sont de bons atouts. Il reste toutefois encore un grand intérêt pour la beauté des briques, les pierres de taille sculptées et les pièces en cast stone, qui permettent des remises à neuf incomparables.

Pour ce type d’installation, les normes ont beaucoup évolué au Québec dans les dernières décennies et il n’est plus permis d’être négligent sur le choix des ancrages utilisés. La norme CAN/CSA-A370-14 est stricte et elle gagne à être connue. Elle permet d’assurer la sécurité de tout un chacun en plus d’offrir une longévité accrue aux revêtements.

Bien que la brique et les blocs de béton soient répandus partout dans la province, on tarde toujours à les connaître. En essayant d’obtenir de l’information sur ce qui est enseigné et étudié sur le sujet dans les universités, la seule réponse obtenue est que ce mode de construction est trop marginal pour faire partie du cadre universitaire. Ainsi, même si l’on voit partout de la brique et des blocs de béton et que le béton préfabriqué est de plus en plus utilisé dans la construction de grands bâtiments, ils ne sont pas sujets d’étude. Pire encore, ils ne font pas l’objet de l’enseignement aux futurs professionnels.

En conclusion

L’objectif de l’AEMQ de miser sur un fond de recherche avec le programme Bloc Levy semble alors grandement justifié, note M. Bourassa. Ce projet permettra de démystifier ces modes de construction pour les rendre accessibles aux architectes et aux ingénieurs en conception de bâtiments. D’ailleurs, en conception, ce sont souvent les menus détails qui font la différence. L’exemple du débord de toit est parlant. Plusieurs architectes négligent cette pièce architecturale par souci d’esthétisme. Ce prolongement est plus qu’une parure ; il permet de réduire le risque d’infiltration d’eau. Autrement, les chances d’avoir une défaillance du toit vers le mur augmentent. Il importe de reconnaître que chaque élément du bâti a plusieurs caractéristiques. Pour utiliser un terme populaire, on peut dire qu’une approche holistique est à privilégier. C’est exactement ce qu’ont fait la coopérative de Québec et la commission scolaire des Bois-Francs en réutilisant au maximum le bâti existant plutôt que de le détruire pour reconstruire. Une conception bien réfléchie aura tout pour être à la fois durable et agréable.

Note
1 LACOURCIÈRE, Yves. Rapport d’enquête. Accusé de non-assistance à patrimoine en danger… ou la mort annoncée de nos patrimoines du bâti, Québec, Contrad international inc., 2018, 299 p.

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