Dans le cadre du programme Développeurs qualifiés, de la Société d’habitation du Québec, la SDA vise la réalisation de quelque 1000 logements abordables (à Montréal 350 à l’îlot Angus, 323 à l’écoquartier Louvain, et 328 au Quartier Maritime à Rimouski). Son fil rouge est plutôt de réfléchir aux meilleures utilisations des territoires en fonction de l’environnement. De cette approche est né le concept de quartier multifonctionnel qui incarne sa vision, celle de bâtir des quartiers avec et pour les communautés tout en respectant les principes de développement durable.
La recette Angus
À travers l’exemple de plusieurs projets signés Angus, Christian Yaccarini, président et chef de direction de la SDA, dévoile la démarche gagnante de son organisation pour réussir à revitaliser un quartier laissé à l’abandon. Voici l’exemple du quartier montréalais de Pointe-aux-Trembles.
Assemblage de terrains
Tout d’abord, Pointe-aux-Trembles connaissait une profonde dévitalisation de sa rue commerciale. La rue Notre-Dame, véritable cœur de village, avait perdu deux piliers commerciaux : la SAQ et Desjardins qui ont choisi de déménager, notamment sur la rue Sherbrooke. Peu à peu, la rue Notre-Dame s’est vidée de ses commerces de proximité au profit de quelques bars, de commerces peu ancrés dans la vie quotidienne et de bâtiments barricadés. Selon Christian Yaccarini, le premier ingrédient pour revitaliser un quartier est l’assemblage de terrains. De son point de vue, l’achat d’un seul bâtiment ne suffit pas : il faut rassembler un ensemble de terrains pour créer un véritable impact. Or, cette pratique est toujours laborieuse, car dès qu’un projet se dessine, les propriétaires ont tendance à gonfler les prix. « L’assemblage de terrains, c’est toujours difficile », souligne-t-il.

La réorganisation du noyau villageois de Pointe-aux-Trembles à Montréal mise notamment sur une approche centrée sur la rue et des espaces extérieurs de détente afin de maximiser l’attractivité du lieu. – Source : ADHOC
Réflexion globale
Le deuxième ingrédient essentiel, à son avis, est d’adopter une réflexion globale du projet. Pour revitaliser une rue, il faut réfléchir à la composition et à l’attractivité des commerces. Il s’agit de miser sur des commerces de proximité où les habitants ont envie d’aller, plutôt que de simplement reproduire des modèles de grandes artères. « Donner une couleur à ton artère commerciale qui va se distinguer des grandes artères », explique le PDG de la SDA.

Premier bâtiment à voir le jour dans l’Écoquartier Louvain, Terra Nostra proposera une grande diversité de logements abordables spacieux. – Source : Société de développement Angus
Dans le quartier Pointe-aux-Trembles, la grande artère commerciale est la rue Sherbrooke : large boulevard bordé de grands commerces et de stationnements, sans âme. Le défi pour Angus a consisté à articuler une offre commerciale dans un contexte de dévitalisation de la rue Notre-Dame. Après de nombreux échanges avec les citoyens, ceux-ci ont exprimé leur désir de voir s’implanter boulangeries, petites épiceries et commerces de proximité. Le site de Pointe-aux-Trembles présente un atout majeur : sa localisation près du fleuve, avec l’église et le presbytère sur un grand terrain contigu au fleuve.
Mixité des fonctions
Le troisième ingrédient pour revitaliser un quartier est la mixité des fonctions. Le projet de la rue Notre-Dame combine 109 logements, six de commerces de proximité locaux et indépendants et un espace culturel dans l’église, créant une mixité des fonctions qui donne un nouvel élan au secteur. L’idée est de recréer un cœur de village, où les gens qui tiennent commerce et les habitants ressentent un véritable sentiment d’appartenance à un quartier vivant. La résultante, soit l’implantation de divers commerces de proximité et d’organismes attractifs, est intéressante. Par exemple, l’église accueillera La compagnie des autres, une organisation de soutien en arts du cirque. Le presbytère, maison donnant sur le fleuve, sera transformé en restaurant champêtre avec terrasse. Cette combinaison de fonctions – logements, commerces et culture – relance le quartier de Pointe-aux-Trembles et lui donne une seconde vie.

Dans le cadre de la revitalisation du secteur des Grandes-Fourches à Sherbrooke, la SDA aborde ce projet à travers quatre fonctions clés : des logements abordables, un musée, un hôtel et un centre de congrès. – Source : Shutterstock
En Estrie, le projet de Sherbrooke illustre l’importance de cette vision d’ensemble. La rue Wellington souffre, notamment parce que le centre des congrès est situé en périphérie et n’apporte donc aucune retombée au centre-ville. Angus a décidé d’aborder ce projet à travers quatre fonctions clés : des logements abordables, un musée, un hôtel et un centre de congrès. La ville de Sherbrooke perd des congrès au détriment de Trois-Rivières simplement parce qu’elle n’a pas la capacité nécessaire pour les accueillir. Christian Yaccarini est clair : la revitalisation ne se limite pas à simplement construire du logement. Il faut une réflexion globale, évaluée pour toutes les fonctions et le bien-être des habitants.
Dans le cas des projets Quartier Maritime à Rimouski et Terra Nostra à l’écoquartier Louvain à Montréal, l’enjeu s’articule sur la mise en œuvre de logements abordables, les deux pôles étant très affectées par la crise du logement.

La SDA a démarré à Rimouski le projet Quartier Maritime par la construction d’un complexe résidentiel locatif abordable qui totalisera 328 unités. – Source : Provencher_Roy
En somme, la réussite de la Société de développement Angus repose sur une vision à la fois innovante et réfléchie : assembler les terrains de manière stratégique, penser un projet dans sa globalité et créer des quartiers multifonctionnels où se mélangent logements, commerces et culture. Chaque projet – qu’il s’agisse de l’écoquartier Angus, Pointe-aux-Trembles, Rimouski ou Sherbrooke – illustre cette évidence : revitaliser un territoire ne se limite pas à construire des bâtiments. Il s’agit de redonner vie aux rues, de renforcer le sentiment d’appartenance des habitants et de créer des espaces inclusifs. Grâce à cette démarche, la SDA redonne une âme et une vitalité durable aux quartiers et montre que l’immobilier peut être au service des habitants et de leur développement.