Outil de réflexion porteur de projets novateurs Photo : Nicolas Robin

Du 8 juin au 9 juillet 2017, La Sucrière, bâtiment industriel réhabilité situé au cœur du nouveau quartier lyonnais Confluences, accueillait la Biennale Architecture Lyon. L’événement présentait des expérimentations urbanistiques et architecturales exprimant à la fois une volonté de se projeter dans le futur et l’intention de se tourner vers le développement durable. « L’éducation urbaine et environnementale est notre grand leitmotiv, affirme Isabelle Leclercq, présidente et créatrice de l’association de la Biennale avec Franck Hulliard, son vice-président. Nous espérons produire des utopies et ouvrir des débats. Nous souhaitons proposer de nouvelles manières de construire le territoire. » L’événement regroupait des partenaires hybrides, créateurs et entreprises formant un assemblage d’équipes inédites. « C’est une première, assure Franck Hulliard. La Biennale pourrait devenir une sorte d’alternative à celle de Venise », soit une manifestation incontournable pour tous ceux qui suivent les avancées de l’architecture et de l’urbanisme contemporains.

La Sucrière, lieu emblématique

Ancienne usine de sucre des années 1930, La Sucrière est l’un des seuls bâtiments historiques encore existants dans cet ancien quartier des docks lyonnais. Avec la Biennale Architecture Lyon, elle redevient un grand lieu de travail, un atelier vivant. Cet événement éphémère regroupe des équipes composées de praticiens, d’opérateurs, de chercheurs, d’étudiants et d’industriels qui réfléchissent, produisent et expérimentent autour du processus de la fabrication, de l’architecture, de la ville et du paysage. Ils partagent leur savoir-faire pour produire des solutions et faire émerger de nouvelles pratiques. 

Le public de la Biennale était invité à découvrir le lieu à travers des ateliers, des conférences, des expositions, des performances et des projections. Des échanges et débats ont également été organisés, permettant aux invités et aux visiteurs de participer.
Les ateliers vivants.

Parmi les ateliers proposés dans le cadre de la Biennale, l’un invitait à fabriquer de la brique en puisant dans une dizaine de seaux contenant différentes terres crues. Un autre atelier consistait à produire des isolants naturels avec du chanvre qui provenait d’un champ de lin. D’autres ateliers encore permettaient à des étudiants d’exposer leurs projets de fin d’études. Nous avons découvert celui de Valentin Rose, une analyse du processus de l’après-catastrophe territoriale. Il avait abordé celle de Lac-Mégantic et développé des propositions d’aménagement après avoir étudié les habitudes de ses habitants.
Outre les ateliers, la Biennale fut l’occasion de faire converger des réflexions, notamment lors de la présentation du projet « Les flux urbains » de l’architecte néerlandais Winy Maas (qui travaille avec Rem Koolhaas à Rotterdam). M. Maas a exposé ses interventions en milieu urbain dans de grandes et petites cités, de Séoul à Lyon, en passant par sa ville natale, Schijndel, près d’Amsterdam. À Séoul, il a créé une longue passerelle piétonne végétalisée qui est devenue, à sa grande surprise, un lieu de rencontre sans précédent. À Lyon, il a construit le Monolithe, un bâtiment moderne d’habitations, soit une arche se raccordant à d’autres bâtiments de forme cubique très performants énergétiquement. À Schijndel, il a réalisé le projet spectaculaire de la ferme en verre, un casse-tête en trois dimensions où est imprimée l’image d’une ferme traditionnelle sur les parois de murs de verre. Cet exercice architectural périlleux a été reconduit pour la maison Chanel ayant pignon sur rue à Amsterdam, où il a conçu des murs de briques de verre.

Les petits étaient invités à prendre part à la Biennale, notamment avec l’association Archi Minots, qui défend le principe de participation des enfants à la vie dans la cité. Le quartier des Minots (mot qui signifie enfant en patois provençal) s’est installé sur le parvis de La Sucrière. Avec l’aide de l’architecte espagnol Gianluca Stasi, les enfants d’Archi Minots ont créé des dômes et des coupoles simulant la conscience et permettant l’émergence de solutions durables.

Parmi les autres sujets de réflexion et de discussions au programme, le sommet « Désapprendre d’Athènes » traitait des crises successives auxquelles la métropole grecque a récemment été confrontée : nombreux blocages administratifs et financiers, afflux de migrants, 300 000 logements vacants pour cause d’insalubrité et de créances non payées, désactivation de la production et pauvreté au centre-ville et près de l’Acropole.

Isabelle Leclercq et Franck Hulliard, créateurs de l’association Biennale Architecture Lyon, respectivement présidente et vice-président.
Photos : Manon Sarthou

Le projet des barres d’habitations La Villeneuve, construites à Grenoble dans les années 1970, fut également attentivement scruté grâce au plateau de radio-vidéo permettant d’entendre à la radio et de voir les intervenants sur place discuter du sujet « Autour de La Villeneuve et des utopies ». Des échanges ont eu lieu à propos des immenses problèmes sociaux résultant de ces constructions HLM et auxquels Grenoble est confrontée aujourd’hui. La ville ne les avait pas prévus à l’époque de l’édification des immeubles, l’idée d’une nouvelle ère architecturale occupant alors principalement les esprits.

Architecture expérimentale et écoquartier

Du côté de l’architecture expérimentale, la réflexion sur l’utilité des établissements recevant du public (ERP) était proposée autour d’une tour de fer peinte en blanc sise à côté de La Sucrière. Ce projet mettait en valeur l’architecture « atmosphérique » par des toboggans bondés de fleurs ancrés à la tour et des plantes odorantes suspendues dans sa cage d’escalier.

Le procès de la ville écologique comme utopie a également eu lieu avec la remise en question du terme « écoquartier », qui est galvaudé. Ce terme est maintenant appliqué indifféremment du nombre d’hectares occupés par l’écoquartier, des styles d’architecture de constructions adaptés à la végétalisation et aux panneaux photovoltaïques et des mesures urbanistiques liées à l’accessibilité et au réchauffement climatique. Paradoxalement, le nouveau quartier lyonnais Confluences, où se trouve La Sucrière, comprend l’immense écoquartier du même nom, toujours en chantier. Celui-ci est composé de nombreux îlots dont l’aménagement est presque achevé. L’agence d’architecture et d’urbanisme Herzog et de Meuron, connue notamment pour l’agrandissement de la Tate Modern à Londres, y a créé une tour d’habitation de 16 étages. Ses appartements offrent une localisation privilégiée avec vue sur la rivière la Saône et sur les flancs verdoyants de la colline surplombée par les quartiers patrimoniaux de Lyon (classés par l’UNESCO au patrimoine de l’humanité). La densité de l’écoquartier a été étudiée de manière à créer des placettes au cœur des îlots flanqués de tours. Au pied des tours, des garderies à bas étages, des jardinets et des passages piétons ont été aménagés, créant des liens entre la cour intérieure et la rue. Ici, processus et pratiques vont de pair.

Fin de la Biennale

À la différence de celle de Venise, la Biennale Architecture Lyon n’a pas nommé de jury désignant des lauréats parmi les participants afin de ne pas fermer le processus de réflexion, car de l’avis de Franck Hulliard, les réflexions sont plurielles. Tous les fonds recueillis lors de l’événement serviront à la création d’un réseau d’assainissement à Kinshasa, piloté par l’ONG Architectes sans frontières. 

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