Douala au Cameroun – Les défis liés à la prévention des crises en milieu urbain et périurbain Rue à Douala, après un orage – Source : Wikipédia

Notre collaborateur Rodrigue Nana Ngassam nous amène à Douala, capitale économique du Cameroun, avec un propos sensible qui affecte la planète. Les phénomènes météo extrêmes s’accélèrent, et on devra agir pour assurer notre résilience. Rodrigue nous présente les défis liés à la prévention des crises en milieu urbain et périurbain à Douala.

Dans un monde de plus en plus urbanisé, la question de la prévention et de la gestion des crises en milieu urbain et périurbain est porteuse de forts enjeux et de défis majeurs pour les collectivités territoriales décentralisées. Il faut dire que les crises affectant les grandes agglomérations sont une des préoccupations majeures de nos sociétés : d’abord parce que plus de la moitié de la population mondiale est aujourd’hui urbaine, ensuite parce qu’elles ne semblent pas avoir de limites, que ce soit en matière de victimes ou de coûts. Ces crises posent une multitude de problèmes, certains plutôt d’ordre logistique et technique, d’autres institutionnels et sociaux. C’est fort de cette situation que le législateur camerounais, à travers la Loi n° 2019/024 du 24 décembre 2019 portant code général des collectivités territoriales décentralisées, a associé celles-ci à l’État dans la prévention et la gestion des crises au Cameroun, notamment en les conférant en son article 157 : « l’élaboration et la mise en œuvre des plans communaux spécifiques de prévention des risques et d’intervention d’urgence en cas de catastrophe ».

À cette fin, les collectivités territoriales décentralisées ont pour objectif d’identifier des zones plus particulièrement exposées aux risques naturels prévisibles (géophysique, météorologique et climatique, hydrologique ou morphodynamique, etc.) et de prescrire des mesures de prévention et de protection contre lesdits risques. À Douala, les inondations et les mouvements de terrain constituent les principaux défis auxquels la ville est confrontée. L’inondation est le risque le plus présent, et sa délimitation montre que les quartiers précaires sont les plus exposés. Les mouvements de terrain sont localisés sur la rive continentale gauche de la ville et sont amplifiés par une urbanisation anarchique en marge de la réglementation en vigueur et sur des espaces impropres à l’habitat. Dès lors, comment la Ville de Douala essaie de répondre à ces désastres tout en s’adaptant à de nouvelles contraintes et à l’évolution des besoins des populations ? En guise de réponse à ces défis soulevés, la mairie de Douala s’attelle à mieux structurer la ville à travers un nouveau modèle d’urbanisation qui vise à prévenir les crises observées ou futures.

La réduction permanente de la vulnérabilité à travers un meilleur contrôle de l’urbanisation de la ville de Douala

La mairie a lancé depuis trois ans une campagne pour reprendre en main le contrôle de l’étalement en milieu urbain et périurbain et surveiller les zones à risque souvent connues pour les inondations et les glissements de terrain.

 

Reprendre le contrôle de l’étalement urbain et périurbain

L’étalement au sens strict se mesure tout d’abord du point de vue démographique. Cette évolution démographique se projette dans l’occupation du sol. À Douala, le processus d’étalement de la ville est en effet identifié depuis plusieurs années comme un phénomène néfaste pour son agglomération. Inexorablement, la ville continue de s’étaler sous des dynamiques urbaines différentes avec des déterminants qui contrastent avec des outils de planification élaborés pour organiser le développement urbain. Douala est incontestablement la métropole la plus peuplée du Cameroun avec plus de 4 millions d’habitants en zone urbaine, soit 20 % de la population camerounaise. Le taux d’urbanisation de la cité économique est le plus élevé du pays, consécutivement à un phénomène migratoire multifonctionnel, et surtout, à la migration d’asiles de pauvreté où des populations en provenance chaque jour des campagnes et des zones de conflits inventent des réseaux et des pratiques illicites qui compromettent toute l’efficacité d’une réelle politique urbaine.

Ainsi, dans le but de discipliner la ville, une vaste campagne a été lancée depuis le 1er septembre 2022 dans le but de mettre fin à l’occupation anarchique et illégale en matière de construction sur la base d’une Délibération prise le 12 août 2021 par le Conseil de communauté de la ville, qui fixe les pénalités pour absence de déclaration ou pour déclaration frauduleuse de construction. Ainsi, les équipes techniques de la Communauté urbaine de Douala procèdent à des descentes dans les différents quartiers de la ville pour un contrôle systématique de toutes les constructions en cours ou achevées. Les promoteurs de construction qui ne sont pas détenteurs d’un permis de construire sont invités à régulariser leur situation au guichet unique de facilitation de la délivrance des actes administratifs relatifs à l’utilisation du sol et à la construction. Le défaut de se conformer selon la réglementation en vigueur expose les contrevenants au paiement d’une amende de 30 % des droits dus, selon la Loi n° 2009/019 du 15 décembre 2009 portant fiscalité locale, et même à la démolition des édifices conformément à l’article 218 de la Loi n° 2019/024 du 24 décembre 2019 portant code général des collectivités territoriales décentralisées.

 

Habitations érigées dans une zone à risque, quartier PK 13, lieu-dit Sodikombo. – Photo : Lavoisier Noubissi

 

Contrôler et surveiller les dangers dans les zones à risque

À Douala, les inondations constituent l’essentiel des catastrophes naturelles vécues ces dix dernières années, contrairement aux glissements de terrain qui sont très moindres dans la ville. C’est sa situation géographique qui la prédispose à subir des submersions régulières. La majeure partie de l’année est rythmée par des périodes d’inondation calquées sur les deux saisons pluvieuses. Les mois de février et de mars présentent un risque d’inondation élevé. D’août à octobre, le risque devient très élevé avec des durées et des hauteurs d’inondation encore plus importantes. Il faut voir, dans ces inondations1, l’occupation des lits des cours d’eau par les constructions des populations et les déchets qu’elles y déversent. C’est la raison pour laquelle la ville a décidé de prendre le problème à bras-le-corps en entretenant les cours d’eau. L’entretien régulier a pour objet de maintenir les cours d’eau dans leur profil d’équilibre, de permettre l’écoulement naturel des eaux et de contribuer à leur bon état écologique ou, le cas échéant, à leur bon potentiel écologique, notamment par enlèvement des embâcles, débris et atterrissements, flottants ou non, par élagage ou recépage de la végétation des rives. C’est le cas dans les bassins versants du Tongo-Bassa, du Mbanya, du Bobongo, de Bonaberi et du Ngoua, etc.

En dehors des mesures d’entretien des cours d’eau, des servitudes d’utilité publique sont instituées pour créer des zones de rétention temporaire des eaux de crue ou de ruissellement par des aménagements permettant d’accroître artificiellement leur capacité de stockage de ces eaux, afin de réduire les crues ou les ruissellements dans des secteurs situés en aval.

Concernant les risques liés aux mouvements de terrain, on distingue deux grands types de zones : les zones exposées aux risques, appelées « zone de danger », et les « zones de précaution », qui ne sont pas directement exposées aux risques, mais dans lesquelles des constructions, des ouvrages, des aménagements ou des exploitations pourraient aggraver des risques ou en provoquer de nouveaux. Ainsi, le fait de construire ou d’aménager un terrain dans une zone interdite est passible d’une démolition. Par ailleurs, dans le cadre de ses pouvoirs de police, le maire peut aussi prescrire de clore ou de combler les carrières, argilières, sablonnières, ballastières, fosses à chaux, puits de mine, etc. Il peut également marquer par des signes visibles, pour en empêcher l’approche, les terrains qui risquent de s’effondrer ou qui menacent gravement des vies humaines.

Douala sous la pluie, quartier Brazzaville. – Photo : Rodrigue Nana Ngassam

 

Le renforcement des mesures structurelles et non structurelles pour contenir les crises dans la ville de Douala

Ces mesures concernent les mesures structurelles et les mesures non structurelles.

Les mesures structurelles

Les mesures structurelles sont des mesures techniques de protection contre les crues. Elles sont bien connues et consistent en des travaux d’ouvrages de génie civil dans le lit du cours d’eau et sur les versants. Elles visent à influer sur les conditions d’écoulement des crues et leur hydrologie pour réduire le risque d’inondation. L’entretien des berges, la correction des lits, la protection, l’aménagement des bassins et la construction des drains sont les principaux aspects de la lutte contre les inondations. Il faut dire que les drains sont incontournables à tout point de vue. Douala étant une ville d’eau, elle ne peut pas se construire sans drains. C’est dans ce sens qu’elle bénéficie du projet de drainage pluvial financé par l’Agence Française de Développement (AFD) qui doit permettre à neuf quartiers (Bepanda-Gentil, Makepe-Maturité, Sic-Cacao, Bepanda-Barry, Bessengue Ouest, Brazzaville, Mbanya, Kondi et Ngodi) de sortir de la tragique impuissance face aux inondations et d’atténuer les conséquences dramatiques de celles-ci pour les populations.

Cela représente plus de 85 milliards d’investissements avec, en sus, la contribution de la mairie de la Ville pour construire des canaux de drainage des neuf cours d’eau correspondant aux neuf bassins versants principaux de Douala. Dans le cadre de ce projet, 35 km de drains ont déjà été mis en place et 13,5 km d’exutoires ont également été reprofilés, afin d’augmenter leur capacité de drainage. Ce projet a permis d’améliorer le cadre de vie des populations des quartiers sous-équipés ou mal desservis de Douala. Ainsi, la mairie a pu réaliser des aménagements et équipements sociocollectifs à l’instar de la création de parcs et de places de quartier, de la construction d’équipements sportifs, dans le but de réduire les impacts négatifs des drains aménagés et surtout d’offrir aux habitants de la ville de Douala, en général, et aux riverains, en particulier, une offre innovante d’équipements de loisirs. Aujourd’hui, on peut sans risque de se tromper dire que ce projet salvateur va améliorer la gouvernance urbaine en matière d’assainissement, faciliter la mobilité urbaine et valoriser le foncier.

Campagne de la Ville de Douala pour démolir des immeubles menaçants, quartier Ndoghem I. – Source : La Voix de la Cité, septembre 2020

 

Les mesures non structurelles

Quant aux mesures non structurelles, elles évoquent aussi bien les mesures visant à modifier les pratiques (en matière d’utilisation et d’usage du sol) que les enjeux exposés (en volume et en fragilité), ou la répartition des coûts supportés dans le temps ou au sein de la société. Elles consistent en des instruments de prévention au sens strict du terme, tels que la prise en compte du risque d’inondation ou encore d’interdiction de construction dans des zones à risque dans les documents de planification à vocation générale (document d’urbanisme : Plan d’occupation des sols, Plan directeur d’urbanisme), au travers d’instruments spécifiques (Schéma directeur d’assainissement) ou dans la mise en œuvre des projets d’aménagement urbain dans la ville (projet éboulement et projet ville durable). Et aussi, par la mise sur pied des dispositifs de communication/information, d’alerte et de sensibilisation des populations sur la nécessité de gérer mieux leurs déchets en cessant de les jeter dans les drains, d’éviter de construire dans les drains ou dans les zones vertes avec le risque de boucher l’écoulement des eaux ou de subir un glissement de terrain.

La sensibilisation prend en compte les mesures de bonne pratique à adopter en cas de risque naturel, activités à développer dans les écoles et à intégrer dans les associations de développement au sein des quartiers exposés. La police municipale est également mise à contribution dans la mesure où elle écume les quartiers de la ville pour sensibiliser les populations sur l’importance d’obtenir un permis de bâtir pour ses travaux de construction, sur l’importance de respecter l’hygiène et la salubrité publique dans les quartiers, sur l’importance de respecter l’environnement et sur l’importance pour les populations de contribuer à la lutte contre le désordre urbain. Car, il faut le dire, on n’embellit pas la ville pour elle-même, mais pour les gens qui y habitent ou qui y passent afin qu’ils s’y sentent à l’aise. Raison pour laquelle les populations doivent être associées à l’embellissement de la ville de manière à produire sur elles-mêmes un sentiment d’appartenance et de devoir dans son aménagement et sa structuration.

Conclusion

Douala est une ville pas comme les autres. Du fait de sa configuration géographique, elle est confrontée à de nombreux risques que la mairie essaie tant bien que mal de juguler. C’est la raison pour laquelle la mairie de la ville ne ménage aucun effort pour améliorer le cadre de vie des populations, même si cela se fait parfois à coups de démolitions pour rénover et restructurer l’espace urbain. Les efforts vont davantage se poursuivre dans ce sens, notamment avec le lancement du programme « Douala Clean City ! Yes We Can » dont l’objectif vise à amener les Doualais à mieux gérer leurs déchets en milieu urbain et périurbain afin de rendre la cité économique propre, salubre et attractive.

Note

1 On distingue deux catégories d’inondation : les inondations par débordement du lit des cours, généralement dans les zones de basse altitude et les vallées à fond plat (c’est le cas dans les bassins versants du Tongo-Bassa, du Mbanya, du Bobongo, de Bonaberi et du Ngoua), et les inondations par engorgement des caniveaux bétonnés et buses dans les périmètres fortement urbanisés et imperméabilisés, causées par la difficulté d’évacuation des eaux pluviales. C’est le cas dans les quartiers d’Akwa (carrefour Bonakouamouang, immeuble Dékage, Hôtel le Ndé…), Bonanjo et che‑erie Bonapriso. Les quartiers spontanés ne sont pas épargnés, de même que les quartiers économiques (Akwa, Bali, Mboppi).

Lecture proposée

OLINGA, Joseph Magloire. Vulnérabilité des espaces urbains et stratégies locales de développement durable. Étude du cas de la ville de Douala (Cameroun), Mémoire de D.E.A. (Master en géographie), Université de Douala, 2012, 161 p.
Loi n° 2009/019 du 15 décembre 2009 portant fiscalité locale au Cameroun.
Loi n° 2019/024 du 24 décembre 2019 portant code général des collectivités territoriales décentralisées au Cameroun.

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