L’acier et le renouveau du Vieux-Montréal au XIXe siècle L’Édifice Duluth (1912-1913) - Sources photos : Dominion Bridge (gauche), C.H. Bowker (centre), Normand Rajotte (droite)

D’abord caché, plutôt apparent aujourd’hui, s’intégrant facilement à toutes les configurations, l’acier est indissociable de l’architecture montréalaise, et ce, depuis plus de cent cinquante ans.

L’acier –  ou l’alliage qui l’a précédé, la fonte –  est présent dans les constructions d’envergure à Montréal depuis 1859, année de l’inauguration du pont Victoria. Aujourd’hui, il est partout. Ponts de grande portée, gratte-ciel, parcs industriels, charpentes en tous genres, on a recours aux structures d’acier dès qu’il s’agit de gagner en hauteur, en longueur ou en durabilité.

Après la construction de la ligne ferroviaire pancanadienne dans les années 1880, l’acier révolutionne également la construction d’édifices. La grande majorité des bâtiments patrimoniaux du Vieux-Montréal construits entre 1880 et 1930 possèdent une ossature d’acier, en partie ou en totalité, c’est-à-dire dès l’origine ou dans les étages qu’on leur a ajoutés par la suite.

À l’instar des édifices New York Life et Aldred, ces colosses aux colonnes d’acier ont conservé un port remarquable.

1880-1910 : cage métallique

La période 1880-1910 est marquée par l’avènement de deux innovations majeures : les ascenseurs, qui permettent de dépasser les trois ou quatre étages traditionnels, et la cage métallique, que l’on juxtapose aux murs de maçonnerie porteurs pour partager les charges, ce qui permet d’alléger la structure et d’agrandir les ouvertures. On peut deviner la présence d’une structure d’acier quand un bâtiment de cette époque arbore de grandes fenêtres et présente une allure plus légère. Du fait de la densité de sa population et de la volonté de se distinguer, New York a joué un rôle de précurseur dans l’utilisation de l’acier, mais Montréal a suivi de très près, notamment sous l’impulsion de la Dominion Bridge, fabricant d’acier d’envergure nationale établi à Lachine.



Édifice de la Banque du Peuple – 53-57, rue Saint-Jacques – L’édifice de la Banque du Peuple a été construit en 1893-1894 selon les plans de la firme d’architectes Perrault, Mesnard et Venne en intégrant la façade du siège social de l’institution, érigé en 1871-1872, seul vestige des trois bâtiments contigus qu’elle possédait sur cette artère jusqu’au printemps 1893. L’atrium d’origine a été détruit par un incendie en 1979. La façade a été classée monument historique en 1975. Photo : Normand Rajotte

Édifice New York Life – 511, place d’Armes – Imaginé par la firme d’architectes Babb, Cook & Willard, de New York, ce prestigieux édifice de huit niveaux paré de grès rouge d’Écosse est érigé en 1889 au coin de la rue Saint-Jacques et de la place d’Armes. Équipé d’ascenseurs hydrauliques, il est considéré par certains comme le premier « gratte-ciel » canadien. Dans cet édifice aux murs porteurs en brique, ce sont des poutres d’acier qui supportent les planchers. Photo : Denis Tremblay


Durant cette période, l’acier se répand à une vitesse phénoménale dans la plupart des structures. La métallurgie réalise un saut qualitatif avec l’introduction du four à foyer ouvert, qui permet d’éliminer plus d’impuretés et de mieux contrôler le taux de carbone. L’acier produit est à la fois plus homogène, plus fiable, plus résistant et plus ductile. On peut maintenant produire un cadre autonome, dit de type rigide, une structure plus économique que la précédente, parce que plus résistante à quantité égale, et atteindre aisément la limite de dix étages imposée jusqu’en 1924. Les murs deviennent purement décoratifs.

1910-1924 : structure autonome de type rigide

Durant cette période, l’acier se répand à une vitesse phénoménale dans la plupart des structures. La métallurgie réalise un saut qualitatif avec l’introduction du four à foyer ouvert, qui permet d’éliminer plus d’impuretés et de mieux contrôler le taux de carbone. L’acier produit est à la fois plus homogène, plus fiable, plus résistant et plus ductile. On peut maintenant produire un cadre autonome, dit de type rigide, une structure plus économique que la précédente, parce que plus résistante à quantité égale, et atteindre aisément la limite de dix étages imposée jusqu’en 1924. Les murs deviennent purement décoratifs.



Édifice Duluth –  84-88, rue Notre-Dame Ouest – C’est entre 1912 et 1913 qu’est construit l’immeuble Duluth, baptisé en l’honneur de l’écuyer et explorateur français Daniel Greysolon, dit sieur Duluth. Conçu par la firme d’architectes Hutchison, Wood and Miller, il est conforme à la réglementation de 1901 limitant la hauteur des bâtiments à 130 pieds et à dix étages. Il a fait l’objet de travaux de restauration à la fin des années 1980. Photo : Normand Rajotte

Édifice Royal Trust –  105-107, rue Saint-Jacques – La construction de cet immeuble de bureaux de neuf étages conçu par les architectes new-yorkais McKim, Mead and White en collaboration avec Ernest Barott, de Montréal, prend fin en 1913. Tout comme l’édifice Duluth, le Royal Trust obéit à la réglementation concernant la hauteur et rappelle les trois parties d’une colonne classique – base, fût et chapiteau – arborant toutes un design différent. Photo : Normand Rajotte
 

1924-1929 : toujours plus haut

On s’affranchit partiellement de la limite des dix étages, en autorisant des constructions plus hautes à condition que la superficie de plancher ne dépasse pas celle d’un bâtiment de onze étages avec rez-de-chaussée, ce qui explique l’apparition des constructions en « gâteau de mariage », c’est-à-dire avec des marges de recul progressives, comme les deux édifices suivants.



Édifice de la Banque Royale – 360 rue Saint-Jacques – Dessiné conjointement par la firme new-yorkaise York & Sawyer et l’architecte employé par la banque, S. G. Davenport, ce gratte-ciel de 22 étages est à l’époque (1928) le plus élevé de tout l’Empire britannique. Ses trois sections distinctes s’expliquent par la réglementation en vigueur. Il arbore une enveloppe de pierre et une combinaison d’éléments évoquant plusieurs époques, tendance répandue dans les années 1920. Photo : Denis Tremblay

Édifice Alfred – 501-507, place d'Armes – Monumental gratte-ciel de 23 étages, l’édifice Aldred a été réalisé par l’agence d’architectes Barott and Blackader entre 1929 et 1931 pour la société financière Aldred and Co. Limited. Luxueux édifice de bureaux doté de tous les services « modernes », comme des ascenseurs ultrarapides, un système d’aspirateur central et même un incinérateur, il n’a rien perdu de son prestige. Photo : Normand Rajotte
 

La suppression de la limitation liée à la superficie et les progrès technologiques permettront ensuite de multiplier les ouvertures et le nombre d’étages. Parallèlement, on se met à utiliser l’acier de toutes sortes de nouvelles façons. C’est l’apparition des immenses portées, des atriums spectaculaires, des vastes espaces intérieurs : gare Windsor, bâtiment Sun Life, Forum de Montréal, tour de la Bourse, Place Ville-Marie, 1000 de la Gauchetière… Tout cet héritage a pris forme dans le Vieux-Montréal, berceau d’une audace architecturale et technologique qui suscite toujours l’admiration.

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