Montréal et Bruxelles – Parcours d’art mural Cette murale du mythique joueur de baseball Jackie Robinson a été réalisé par l’artiste Fluke. Produit par le collectif AShop, l’oeuvre figurait en 2017 dans la programmation du Festival Mural de Montréal. Source : ASHOP

Deux villes de la francophonie internationale, l’une nord-américaine, l’autre européenne, la première a récemment fêté son 375e anniversaire de fondation tandis que la deuxième a plus de 1 000 ans d’histoire. Malgré leurs différences et leurs particularités, ces cités partagent un même idéal : celui de faire de l’art un vecteur d’identification, de revitalisation et de développement urbain. En ce sens, l’art mural représente pour ces deux municipalités un axe privilégié.

L’expérience montréalaise

L’art mural à Montréal se développe principalement depuis le milieu des années 1980 au moment où le peintre Zïlon et d’autres adeptes du street art débutent leurs interventions dans les rues de la métropole. Depuis une dizaine d’années, on assiste à une accélération de cette pratique, notamment par la création de l’organisme MU qui œuvre à ses débuts exclusivement au sein de communautés locales. À ce jour, MU a réalisé plus de 100 murales à l’extérieur d’habitations à loyer modique (HLM) dans des quartiers populaires ou sur des murs d’édifices du centre-ville. L’énorme fresque Tower of Song, en hommage à Leonard Cohen, est l’une des dernières productions phares de l’organisme.

Sous l’égide de l’organisme MU, les artistes Gene Pendon et El Mac ont réalisé une gigantesque fresque en hommage à Leonard Cohen. Située dans le centre-ville de Montréal, l’œuvre mesure 55 mètres de hauteur sur 20 mètres de largeur. La réalisation est en voie de devenir un emblème iconique de la métropole du Québec. Photo : Olivier Bousquet

Puis, en 2013, la création du Festival MURAL propulse Montréal au rang de capitale du street art au Canada. La métropole du Québec est la seule ville canadienne à figurer dans la collection virtuelle de l’Institut culturel Google. Mise sur pied en 2014, la section sur l’art de rue de Google rassemble des œuvres de 34 pays ; 50 œuvres montréalaises font partie de ce répertoire. Cette percée confirme le rôle grandissant de Montréal dans le domaine de l’art mural sur le plan national et international.

Dès sa première édition, le Festival MURAL s’est positionné comme étant le plus important festival d’art urbain en Amérique du Nord. En 2016, 1,3 million de festivaliers ont arpenté le boulevard Saint-Laurent et ses abords sur une distance d’environ 1 km pour voir en direct la production d’une vingtaine de murales de peintres d’ici et d’ailleurs. À ce jour, la manifestation a produit 80 fresques semi-permanentes. Des grands noms du street art à l’échelle internationale ont participé à l’événement – dont Roa, de Belgique; Seth (Julien Malland), de France; Phlegm, de Grande- Bretagne ; et 1010, d’Allemagne. Seul Banksy manque au tableau.

Star de l’art urbain, l’artiste 1010, d’Allemagne, a exécuté une murale de facture abstraite lors de l’édition 2017 du Festival MURAL. Photo : Jean De Julio-Paquin

Créé en collaboration avec l’association des détaillants locaux, le Festival MURAL s’inscrivait dès le départ dans une offensive de revitalisation d’une artère commerciale emblématique du centre de Montréal. Pendant les onze jours que dure le festival, le boulevard devient piétonnier. S’y déroule une grande foire commerciale avec des concerts de musique, des animations urbaines et un festival d’art urbain qui a donné naissance au principal circuit d’art mural à Montréal. On y retrouve une importante concentration d’œuvres qui contribue au développement du tourisme culturel montréalais. D’ailleurs, la ville finance grandement l’art mural par le biais d’un programme de subventions. Grâce à cet outil se rajoute, chaque année, la réalisation d’environ 20 murales qui dynamisent et façonnent de façon singulière les milieux de vie dans plusieurs arrondissements.

L’expérience bruxelloise

Capitale du neuvième art, Bruxelles développe depuis près de trois décennies un parcours d’art mural entièrement dédié à la bande dessinée. Le projet a
débuté en 1991, à l’initiative des autorités communales de Bruxelles-Ville et avec la collaboration du Centre belge de la bande dessinée. Aujourd’hui, 60 murales à l’effigie de la bande dessinée font partie intégrante du paysage urbain bruxellois entre le centre-ville et l’ancienne commune de Laeken, située au nord de la ville. De Tintin à Spirou,de Gaston Lagaffe à Lucky Luke, les murs résonnent au rythme des personnages créés par de célèbres auteurs dont Hergé, André Franquin ou Morris (Maurice de Bevere). Chaque fresque s’inspire du style du dessinateur, mais le contenu est complètement imaginé. Les muralistes s’approprient les héros pour inventer d’autres scènes en tenant compte de l’emplacement de l’œuvre dans son environnement. Par exemple, le personnage de Léonard, créé par le dessinateur Turk, peint sur un chevalet le gigantesque palais de justice de Bruxelles, tel qu’il apparaît dans une perspective en contre-plongée depuis le quartier des Marolles. Quant aux personnages de Boule et Bill, de Roba, la fresque les montre marchant à l’avant-plan d’une rue qui se prolonge en un magnifique trompe-l’œil.

Le personnage de Léonard du dessinateur Turk orne un mur du quartier des Marolles à Bruxelles. La murale, mesurant 5 mètres de hauteur sur 5,5 mètres de largeur, est l’une des 60 murales qui composent le circuit de la bande dessinée de la capitale belge. Photo : Jean De Julio-Paquin

La réalisation des murales a été confiée en 1993 à l’association sans but lucratif Art Mural. Fondé par cinq peintres, le collectif se spécialise dans des réalisations extérieures en espace public, dont le Parcours BD de Bruxelles. La municipalité procède tous les ans à un « appel à murs ». Tout propriétaire intéressé à accueillir une œuvre sur la façade de son bâtiment peut en faire la demande et la ville en évaluera la possibilité. La promenade BD est donc en continuelle expansion par l’addition de deux à trois
murales annuellement. Des cartes du parcours sont disponibles, tout comme des visites guidées à pied ou à vélo.

Le jeune Albert, murale créée par Yves Chaland, attendant son tramway jaune d’époque. Peinte en 2000, cette œuvre figure sur la rue des Alexiens à Bruxelles et fait partie de la promenade BD. Photo : Jean De Julio-Paquin

L’élément structurant de ce parcours BD est sans aucun doute l’appropriation de la ville de Bruxelles de ses racines culturelles pour se construire une identité. Plus de 700 auteurs de bande dessinée œuvrent à Bruxelles, ce qui la positionne en première place, loin devant de nombreux pays. Cette réalité
constitue une fierté nationale. La renommée mondiale de Bruxelles comme étant la Mecque de la BD lui permet d’accueillir des milliers de visiteurs venus la découvrir de façon ludique. Ceux-ci se promènent dans des univers qui ont meublé leur enfance. La bande dessinée est avant tout un art populaire et intergénérationnel qui a de nombreux adeptes à travers le globe. Ce médium a généré des histoires et des aventures qui constituent de véritables légendes modernes. Bruxelles l’a bien compris en les faisant revivre et exister sur ses propres murs.

 


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