Revitaliser les territoires – Projet de société, idéal de civilisation MAMH

Serge Filion, géographe et urbaniste émérite, exprime un point de vue visionnaire sur la mise en œuvre de territoires réfléchis – une prise de conscience sur l’urgence de mettre en valeur et protéger nos paysages naturels, culturels et urbains.

Comme géographes, urbanistes et architectes, nous avons une mission de mettre en valeur et protéger, de magnifier les plus beaux paysages naturels et humanisés du Québec, la seule partie de la planète sur laquelle nous avons un pouvoir réel d’intervention. Le Québec est beau et grand au point où nous avons trop souvent la tentation de nous étendre dans la nature et sur les terres agricoles plutôt que d’investir dans la restauration et le maintien de nos bâtiments, de nos villes et villages, de nos indispensables infrastructures de desserte et de communication. Tout ce qu’il faut pour provoquer un désastre annoncé. Si nous adoptions collectivement un comportement responsable à cet égard, nous permettrions la mise en valeur de notre paysage naturel et culturel sans l’ombre d’un doute. Plus notre façon d’occuper le territoire québécois sera compacte et bien structurée, plus nous serons collectivement prospères et fiers.

Jamais n’aurons-nous vu tant de concordance entre les objectifs économiques et sociaux, de santé publique, de protection de la nature et des espaces verts de plus en plus menacés par l’accroissement des populations, la désinvolture de beaucoup de nos gestes de développement et d’occupation du pays, de lutte aux changements climatiques. Des impacts négatifs sur ce que nous avons de plus précieux comme nos paysages, nos terres nourricières, nos réserves en eau potable et nos infrastructures de plus en plus étendues et coûteuses à maintenir en bon état.

Réhabiliter d’abord l’existant, et non poursuivre les développements immobiliers et les infrastructures à l’extérieur des périmètres urbains reconnus par les autorités municipales.

Le numéro V21N3 de FORMES ne fait pas que nous dire qu’il faille absolument stopper l’éparpillement de nos villes, mais surtout il nous enseigne comment le faire par des exemples éloquents de prise en main par des professionnels et des gens d’affaires visionnaires, audacieux et persévérants.

Nous saluons les efforts intelligents de ces personnes et de ces entreprises, professeurs et étudiants, qui ont, à partir d’un diagnostic juste, proposé et réalisé des gestes guérisseurs de trames urbaines et villageoises menacées de disparition pour en faire des lieux où la qualité de vie domine.

Mais ne nous méprenons pas ! Il nous faudra quand même dépolluer un jour les sols contaminés, reconstruire les lots vacants ou les ruines décrépites d’un passé industriel jadis prospère, revégétaliser les sites et les rues honteusement dégarnis de leur verdure, de leur cadre bâti traditionnel et de leurs jardins. Pure désolation qui déprécie l’ensemble de l’assiette fiscale des villes et villages affectés.

Vous découvrirez dans ce numéro un florilège de projets exemplaires de cette génération de gens avisés qui ont compris quoi faire et comment le faire. Un projet réussi vaut des millions. Continuez votre lecture et allez sur le terrain constater les résultats de cette vaste opération visionnaire et progressiste, de ceux qui ont pensé, réalisé et financé l’écoquartier du Technopôle Angus, revitalisé le noyau villageois de Pointe-aux-Trembles dans l’est de Montréal, proposé des initiatives de relance du Quartier latin, notamment le parcours Arborescences de l’UQAM, et en Estrie le quartier des Tisserands en gestation.

Ne laissons pas ces gens valeureux et engagés s’essouffler à la tâche, mais appuyons-les plutôt par nos discours et en les encourageant financièrement en fréquentant leurs projets d’habitation, de commerces, de bureaux, d’éducation et de culture aux bons endroits. Ce n’est pas là que la naissance d’un temps nouveau. 

L’urbanisme est la science du temps, du temps long ! Venez vous encourager en visitant les quartiers emblématiques du Vieux-Montréal et du Vieux-Québec, sans oublier le quartier historique de Trois-Rivières et tous les cœurs de villages protégés et revitalisés du Québec.

Le travail ne sera pas terminé de sitôt, mais ne lâchons pas ! J’ai connu de très près la renaissance du Vieux-Québec amorcée il y a plus de soixante ans alors en complète décrépitude. Une ville n’est pas obligée de mourir même après quatre cents ans. Pour vous en convaincre, nous couvrirons aussi prochainement le colloque célébrant le 40e anniversaire de l’entrée de la ville de Québec dans le prestigieux cercle de l’Organisation des villes du patrimoine mondial (OVPM). Nous y décrirons le chemin parcouru et aborderons les problèmes ancrés de la perte continue de résidents, de l’absence de services de première ligne, de problèmes de stationnement et de circulation, de coûts d’entretien des édifices et des infrastructures, sans compter les effets du surtourisme de plus en plus flagrant.

En attendant, je vous recommande la lecture d’un ouvrage de notre collègue urbaniste Serge Viau qui a écrit un témoignage touchant, exaltant et sérieusement documenté : Québec à la rencontre des villes du patrimoine mondial, publié aux Éditions GID en 2017. Une lecture qui nous fait du bien en nous donnant espoir que tout est possible après avoir obtenu ce titre de gloire aux olympiques de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire. Et cela non seulement pour le quartier historique de Québec, mais pour l’ensemble des territoires urbanisés de la Terre. Voilà un idéal de civilisation.


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